Raromatai Ferry


CCNMI

PROJET RAROMATAI FERRY

 

Le troisième projet consécutif qui nous est soumis aujourd’hui par la SAS RAROMATAI FERRY a pour objet de mettre en service sur la dessert maritime des ISLV un navire à passagers d’une longueur de 1­34 mètres et d’une capacité de 800 passagers en salons, 800 tonnes de fret ou 250 véhicules.

Ce navire de la SNCM assure actuellement la liaison Nice- Corse et doit être remplacé par un autre NGV équipé de 4 moteurs conventionnels moins gourmands en carburant que l’ensemble 2 moteurs conventionnels + 2 turbines à gaz.

 

Cette unité effectuerait 3 rotations par semaine et viendrait s’ajouter aux 3 caboteurs qui assurent aujourd’hui cette desserte : Hawaiki Nui : 70 mètres de long, Taporo 7 : 80 mètres Taporo 6 : 70 mètres.

 

ANALYSE

La fréquence des dessertes :

 

Aujourd’hui les ISLV bénéficient de 7 rotations par semaine étalées sur 6 jours.

La mise en service du RAROMATAI FERRY porterait le nombre de rotations à 10 par semaine, toujours étalées sur 6 jours.

Un encombrement des places à quai pour les navires est à prévoir aussi bien à Huahine qu’à Raiatea et Bora-Bora.

Par ailleurs, compte tenu de la taille et de la configuration de ce navire, la réalisation de lourdes infrastructures portuaires sont à prévoir dans chaque port.

 

Les capacités d’emport :

 

Avec la fréquence actuelle des dessertes, la capacité d’emport offerte est de 350.000 tonnes de fret par an, soit plus du double des quantités transportées en 2008 (147 638 tonnes).

La mise en service du Raromatai Ferry augmenterait cette capacité offerte de 125.000 tonnes pour la porter à 475.000 tonnes par an, soit près du triple réalisé en 2008.

 

Au niveau du transport des passagers, 549 000 passagers ont été transportés en 2008, aérien et maritime confondus. Le Raromatai Ferry offrirait 249.600 sièges par an sur la ligne des ISLV.

 

De part la réglementation maritime et les caractéristiques des caboteurs assurant actuellement la desserte, l’offre actuelle de transport de passagers par voie maritime ne dépasse pas 8.400 passagers par an.

 

Celle par voie aérienne n’est pas limitée compte tenu de la possibilité pour la compagnie Air Tahiti de rajouter de nombreux vols supplémentaires (exemple : la compétition de vaa de Hawaiki Nui). En 2008, Air Tahiti a transporté 543.000 passagers sur la ligne des ISLV.

 

S’il est certain que le Raromatai Ferry prendra une part du marché de l’aérien, quelle part nouvelle de marché apportera-t-il sur cette desserte?

 

L’immatriculation du navire


Compte tenu des remarques formulées par les professionnels lors des deux précédentes demandes, le promoteur n’envisage plus de l’immatriculer à Wallis et embaucher du personnel étranger.

 

L’investissement et le financement

 

Le montant annoncé cet investissement pour un navire d’occasion mis en service en 2000 est de 3,6 milliards FCP dont 1,095 milliard en avantage fiscal local.

 

L’économie du projet

 

Les données statistiques de 2008 sur la desserte des ISLV relèvent 147 638 tonnes pour le fret, 549 398 pour les passagers (aérien compris) et 5 713 pour les véhicules. Celles de 2008 sont en baisse par rapport à celles de 2007 ; par ailleurs, les prévisions pour 2009 s’annoncent déjà en baisse par rapport à celles de2008.

 

Les promoteurs estiment pouvoir capter 74 800 tonnes de fret soit 51% du marché, 200.000 passagers soit 36%, transporter 12 480 véhicules soit 218 % sur cette desserte, et réaliser un bénéfice de 115 millions dès la première année.

 

Les prévisions retenues par le promoteur pour le fret, les passagers et les véhicules sont largement surestimées  même dans un contexte hors crise internationale et locale.

 

Pour le fret, compte tenu de la concurrence des 3 caboteurs assurant déjà la ligne depuis plusieurs années, une prise de marché de 30 % peut être acceptée comme hypothèse haute.

 

Compte tenu d’une part de la souplesse et de la réactivité commerciale de la compagnie Air Tahiti, et d’autre part du projet de faire de l’aéroport de Bora-Bora un aéroport international.

 

Nous estimons qu’une prise de marché de 20% serait l’hypothèse haute à retenir,

Soit : 549 398 x 20 % = 109 880 passagers par an.

 

Ce qui correspond à l’embarquement de 350 passagers à chaque départ de Papeete les lundis, mercredi, vendredi ; et idem au retour au départ des ISLV.

A ce titre, il est à rappeler que pour sa meilleure année d’exploitation sur les ISLV, le navire rapide ONO ONO avait transporté 61 000 passagers.

 

Pour le transport des véhicules, un doublement du nombre de véhicules avec une prise de parts de marché de 50% peut être accepté en hypothèse haute.

 

Dans ces hypothèses réalistes, les prévisions de recettes seraient les suivantes :

 

- Fret : 147 638 x 30 % x 3 185 = 141 068 109

- Passagers : 549 398 x 20 % x 6 000 = 659 277 600

- Véhicules : 5 713 x 5 000 = 28 565 000

- Autres produits : 549 398 x 20 % x 768 = 84 387 533

 

TOTAL RECETTES : 913 298 242

 

Au niveau des charges :

 

- Carburant : avec 156 rotations par an, une puissance de propulsion installée de 85 000 CV et une vitesse de 30 nœuds, le navire consommera 16 millions 848 000 litres de gazole par an. Au tarif préférentiel et réglementaire accordé par le pays aux navires assurant la desserte maritime interinsulaire, 55 FCFP le litre, le poste «  carburant + huiles » se montera à 1 019 304 000 FCFP

 

- Autres achats pour la revente : par cohérence avec les hypothèses retenues, ce poste est réactualisé à la baisse, soit : 31 755 320 FCFP au lieu de 57 800 000 FCFP.

 

- Charges de personnel : le montant se situe dans une fourchette acceptable

 

Dans les mêmes hypothèses que précédemment, les prévisions de charges seraient les suivantes :

 

- Achats = 1 050 812 320

- Services extérieurs = 418 852 000 (inchangé)

- Impôts et taxes = 79 788 000 (inchangé)

- Charges de personnel = 226 043 000 (inchangé)

 

TOTAL CHARGES : 1 775 495 320

 

RESULTAT : - 862 197 078 (perte)


Dans ces hypothèses, un retour à l’équilibre nécessite de revoir à la hausse les tarifs des passagers et des véhicules ; celui du fret étant réglementé :

 

Les tarifs d’équilibre ressortent à :


- Passagers : 13 520 FCFP plus cher que l’avion

- Véhicules : 11 267 FCFP plus cher que les caboteurs

 

L’économie de la desserte


Des comptes prévisionnels présentés par les promoteurs, il ressort que ce projet ne fait que, d’une part prendre une part du marché existant du maritime, et d’autre part transférer une part des recettes existantes de l’aérien sur le maritime, sans pour autant apporter de recettes nouvelles significatives suffisantes pour améliorer la productivité de la ligne.

 

Le coût actuel de la desserte des ISLV par les trois caboteurs se monte à 950 millions FCP.

 

La mise en service du Raromatai Ferry sur la ligne augmenterait ce coût de 1 milliard 775 millions pour le porter à 2 milliards 725 millions, soit près du triple, et rendrait cette ligne de desserte maritime globalement déficitaire.

 

Un rééquilibrage économique de la ligne suppose l’arrêt de 2 des 3 caboteurs assurant cette desserte avec son lot de licenciements.

 

Pour le pays, en plus des 1,095 milliard d’avantage fiscal octroyés, celui-ci devra financer de lourds travaux d’infrastructures portuaires spécifiques à Papeete, Huahine, Bora-Bora, et les incidences financières au niveau du FRPH en cas d’augmentation du prix du baril de pétrole.

 

Au niveau de l’aérien, une prise de parts de marché de 36 % par le Raromatai Ferry sur les ISLV implique une perte de recettes de 22 % pour Air Tahiti soit 2,3 milliards et par le fait, un déficit de l’ordre de 1,8 milliard (base 2007). Par ailleurs, sachant qu’une part des recettes de la desserte des ISLV finance la desserte des autres archipels éloignés, la mise en service du Raromatai Ferry engendrera mécaniquement une augmentation des coûts des transports aériens pour les populations de ces archipels ; ce dont elles se passeraient bien.

 

CONCLUSION


Au vu des résultats de cette analyse, les professionnels ne peuvent que donner un avis défavorable à ce projet.

 

CAP 05.2009