Un NGV sur les îles sous le vent


LES DEUX PROJETS DE DESSERTE DES ISLV

 

 

La desserte maritime des ISLV fait couler beaucoup d’encre payante dans la presse. Sans vouloir enter dans une polémique stérile et inutile, nous estimons nécessaire d’informer et recadrer objectivement le problème.

 

Les populations des ISLV souffrent de l’absence de desserte maritime de passagers qui est l’alternative économique à une desserte aérienne onéreuse par nature.

 

Les professionnels du maritime ont toujours été parfaitement conscients de ce problème. Plusieurs projets se sont concrétisés : le RAROMATAI FERRY en 1988, le ONO-ONO en 1994, le CORSAIRE en 2003, le AREMITI 4 en 2004 ; mais aucun n’a survécu faute de recettes d’exploitation suffisantes.

 

La problématique de la desserte maritime de passagers des ISLV est simple : mettre en service sur cette ligne un navire rapide à passagers ayant une bonne tenue à la mer (en particulier sur le retour des ISLV par temps de maraamu), et un coût d’exploitation compatible avec les recettes potentielles sur cette desserte.

 

Aujourd’hui deux projets sont en compétition et doivent être départagés :

 

RAROMATAI EXPRESS

 

Investisseurs : Groupe local DEGAGE

Navire neuf : livraison fin 2010

Taille du navire : 65 mètres

Passagers : 445 pax en salons

Fret lourd : 0

Vitesse : jusqu’à 38 nœuds

Propulsion : 3 moteurs

Puissance totale : 10 300 cv

Consommation : 1 650 litres/heure

Coût investissement : 1 milliard 800 millions FCFP

Coût d’exploitation : 325 millions

 

RAROMATAI FERRY

 

Investisseurs : B.RAVEL + Groupe VEOLIA

Navire d’occasion : de 9 ans, disponible

Taille du navire : 134 mètres

Passagers : 950 pax en salons

Fret lourd : 800 tonnes ou 250 voitures

Vitesse : jusqu’à 42 nœuds

Propulsion : 2 moteurs + 2 turbines à gaz

Puissance totale : 85 000 cv

Consommation : 13 600 litres/heure

Coût investissement : 3 milliards 300 millions FCFP

Coût d’exploitation : 1 milliard 800 millions

 

Les prix des prestations annoncés par les deux concurrents sont fondés sur des prises de parts de marché estimées par chacun des deux concurrents :

 

- Pour le RAROMATAI EXPRESS : 5 000 F le passage sur la base de 65 000 pax / an

- Pour le RAROMATAI FERRY : 6 000 F le passage sur la base de 200 000 pax / an

 

Ces prix ne peuvent pas être comparés en l’état ; il suffit en effet d’augmenter le nombre de passagers à transporter pour diminuer en conséquence le prix unitaire de la prestation. Ces prix annoncés doivent être comparés sur une base commune du nombre de passagers à transporter.

 

Sur quelle base commune ?

 

- 65 000 passagers, c’est le résultat avéré de la meilleure année d’exploitation des précédents NGV sur la ligne

- 200 000 passagers, c’est 36 % du total des passagers transportés (maritime et aérien) sur la ligne des ISLV en 2008.

- Papeete – Moorea, c’est 30 minutes de NGV, c’est la possibilité pour de très nombreuses personnes d’habiter Moorea et de venir travailler et/ou étudier à Tahiti, c’est aussi la possibilité de passer une journée complète dans l’une ou l’autre île

- Papeete – Raiatea, c’est 6 heures de NGV, ce qui est possible pour Moorea ne l’est plus pour les ISLV.

- Par ailleurs, il ne faut ni sous-estimer la souplesse et la réactivité commerciale de la compagnie Air Tahiti, ni ignorer le projet de faire de Bora-Bora un aéroport international.

 

Une base de 110 000 passagers par an nous paraît être l’hypothèse haute à retenir ; elle correspond au transport de 352 passagers chaque lundi, mercredi et vendredi au départ de Papeete et autant à chaque retour correspondant des ISLV.


Sur cette base commune de 110 000 passagers par an, les prix du billet des deux concurrents se déclineraient alors à :


- Pour le RAROMATAI EXPRESS : 2 955 F

- Pour le RAROMATAI FERRY : 10 909 F (aussi cher que l’avion)


Il nous paraît clair que le RAROMATAI FERRY ne pourra pas tenir les tarifs qu’il annonce ; dans ce cas, faudra-t-il en plus de la défiscalisation du pays de 1 milliard 95 millions à l’investissement, que le pays subventionne les charges d’exploitation de cette compagnie à hauteur de plus de 800 millions par an et ce tous les ans, pour assumer cette promesse de tarifs si attractifs !!!

 

Il n’y a donc rien de surprenant dans les avis rendus par le Comité Consultatif de la Navigation Maritime Interinsulaire lors de ses séances des 6 mars et 19 mai 2009 au cours desquelles il faut le noter, chacun des promoteurs a pu présenter et défendre son projet :


- pour le RAROMATAI EXPRESS : 10 voix POUR, O CONTRE, 4 ABSTENTIONS, 2 ABSENTS

- pour le RAROMATAI FERRY : 3 voix POUR, 9 CONTRE, 4 ABSENTIONS


Il est à noter par ailleurs que parmi les actionnaires de la compagnie figure une multinationale bien connue VEOLIA TRANSPORT: une présence qui mérite réflexion quand un rapprochement est fait avec la présence de la multinationale Groupe SUEZ ou de ses filiales qui détient par le biais de EDT toute la production et la distribution de l’électricité dans le pays, la collecte et le traitement des déchets, le traitement et la distribution de l’eau

 

Aujourd’hui après les avis sans appel rendus par le CCNMI, la décision finale appartient désormais au Président du pays qui, nous l’espérons, saura faire le bon choix dans l’intérêt du pays.


LA CONFEDERATION DES ARMATEURS

DE POLYNESIE FRANCAISE